Le breuvage est bien local et il ne vient pas du val voisin. Sous le nom d’absinthe artisanale du Val-de-Ruz, Francine Isler Evard décline sa production en trois versions, à l’appellation très chantante, «or bleu», «bleue verte» et «belle bleue». Les bouteilles sont garnies d’une étiquette sur laquelle figure une reproduction d’Aloys Perregaux, l’artiste-peintre domicilié dans le même village de Villiers.
Francine Isler Evard a installé son alambic au sous-sol de sa villa. Cette ancienne aide familiale a obtenu à cet effet toutes les autorisations nécessaires auprès des autorités compétentes. Légalisée, la fabrication de l’absinthe reste soumise à des directives sévères en matière d’hygiène, sécurité du travail, environnement, etc.
A la recherche d’un nouveau challenge professionnel, Francine Isler Evard a démarré sa production au début de cette année. La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre: «Mon papa était membre fondateur de la société de distillerie du Haut-Vallon de Saint-Imier, qui n’existe d’ailleurs plus aujourd’hui. Il n’était pas producteur. Mais j’ai vécu dans cet environnement familial, on allait souvent visiter les distilleries de la région. Il y en avait dans les fermes».
Si Francine Isler Evard a entamé cette aventure, parce que cela reste aussi une aventure, elle le doit à un autre distillateur artisanal de Villiers, un voisin, Philippe Vauthier. Ce dernier s’était lancé dans la fabrication d’absinthe en 2018. Il ne souhaitait pas continuer: «Je lui ai proposé de reprendre la totalité de ses installations et il m’a transmis son savoir-faire». Elle a aussi repris sa raison sociale de la «Fée des champs».
L’occasion fait le larron. Aujourd’hui, Francine Isler Evard navigue seule. Elle fait les marchés pour promouvoir son produit et invite amis et connaisseurs à visiter sa mini-entreprise. Elle a aussi l’appui de son mari qui, au moment même de notre visite, recevait sur son portable la bonne nouvelle: «Chérie, tu as réussi ton cours de distillatrice», a-t-il lancé à la cantonade. Pour l’obtention d’une concession de distillation, il est aujourd’hui obligatoire de suivre une semaine de cours à Changins, à la haute école de viticulture et d’œnologie.
La fabrication de l’absinthe est certes légalisée, mais elle continue à être entourée d’un environnement de mystère. Outre la plante elle-même, menthe, angélique, fenouil, mélisse, hysope et anis vert en constituent généralement les ingrédients de base: «Pour l’instant, je m’en tiens à ces standards», insiste Francine Isler Evard qui avoue toutefois mijoter sa propre recette. Elle en garde le secret. /man


























